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Justice

Merah: Squarcini admet: «des retards dans l’enquête »

L'entrée de la salle Voltaire du TGI de Paris (Crédit: Alexandre Sarkissian)

L’ancien patron du renseignement intérieur français s’est exprimé jeudi à l’occasion du 14e jour du procès des tueries de Toulouse et Montauban. L’occasion pour Bernard Squarcini de nuancer très sensiblement la théorie du «loup solitaire».

Il était très attendu. Bernard Squarcini n’a pas échappé à la pression des caméras et aux crépitements des flashs, à son arrivée jeudi après-midi devant la salle Voltaire du TGI de Paris, avant d’emprunter le chemin menant à la salle des témoins. En charge de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) au moment des tueries, Squarcini s’est expliqué notamment sur la note transmise le 15 juin 2011 par son collègue, le directeur régional de Toulouse entendu 48 heures plus tôt dans cette troisième semaine du procès des complices présumés de Mohammed Merah.

« L’info a pu arriver mais ce n’est pas remonté en tout cas à mon arbitrage», jure Squarcini. Une version qu’il ne va cesser de répéter devant ses différents interlocuteurs, teintée d’une légère variante :« Je n’ai jamais vu ce document. Je ne sais pas où il se trouve. » Face à Me Dupond-Moretti, « Le Squale » explique que ce genre de note, si elle part de Toulouse, transite par Bordeaux avant d’arriver à la Sous-direction anti terroriste (Sdat – Levallois-Perret) qui juge ensuite si le parquet doit en être saisi.

« Je suis encore désolé si mes propos ont été dénaturés… »

Le document aurait-il terminé sa course dans les services de l’anti terrorisme ? A l’interrogation de Dupond-Moretti, Bernard Squarcini ose « c’est ce que je crois comprendre ». Le mystère est loin d’être levé, comme celui qui entoure l’identité de la personne qui s’est connectée à l’annonce du Bon Coin le 4 mars 2012 chez la mère de Mohammed Merah. L’ancien responsable de la DCRI a toutefois concédé l’existence de « retards dans le déroulement de l’enquête. Des ratés ? Je ne sais pas.» A ce sujet, on peut également relever, visiblement, des absences de remontées d’information. « En aucun cas, je n’ai été au courant de cette réunion du 14 novembre 2011 », affirme encore Bernard Squarcini (le débriefing de M. Merah à son retour du Pakistan à l’issue duquel on a qualifié sa dangerosité de « pas évidente »).

Et le voilà questionné sur la piste de l’extrême droite alors privilégiée par les enquêteurs après les assassinats des militaires: « A ce moment, le parquet de Toulouse et celui de Montauban pensent à la piste de l’extrême droite, moi je n’y crois pas. Des militaires tués, revenant d’Afghanistan, c’est obligatoirement une piste de l’islam radical», répond Squarcini à la barre. Celui qui travaille aujourd’hui dans le privé a été pointé du doigt par la parie civile pour avoir dépeint le tueur de « loup solitaire», quelques semaines après les faits lors d’une interview accordée à un quotidien. Une formule mal comprise, juge Squarcini: « Je suis encore désolé si mes propos ont été dénaturés… Le tueur frappe et revendique seul, je le répète. Mais il agit avec l’appui d’un réseau structuré. »

Un soutien composé, relate le témoin, d’Olivier Corel, « l’émir blanc », et des frères Clain, au même niveau d’ascendant qu’a eu l’accusé: « Mohammed Merah a été armé bras et tête par Abdelkader Merah bien sûr, la fratrie, la famille mais aussi par des réseaux, celui d’Artigat, celui de la Belgique, l’Egypte. » Vendredi, la troisième semaine se conclura avec l’étude de la personnalité d’Abdelkader Merah.

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