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Justice

Procès des « bonbonnes » : 25 et 30 ans pour les principales accusées

Le procès dit des « bonbonnes » touche bientôt à sa fin. Les réquisitions sont tombées ce jeudi soir et aucune peine de réclusion à perpétuité a été prononcée envers les accusés présents dans le box, dont cinq femmes. 30 et 25 ans ont été demandés pour celles qui avaient piégé une voiture près de ND de Paris, Ines M. et Ornella G.

Revivez le live tweet du 14e jour du procès dit des « bonbonnes » qui juge depuis trois semaines des faits survenus en septembre 2016, dont l’attentat raté près de Notre-Dame de Paris, et la tentative d’assassinat sur des policiers dans l’Essonne.

Prévue à 14 heures. L’audience est reprise 20 minutes plus tard. L’avocate générale est la première à prendre la parole pour le début du réquisitoire, « à deux voix », précise-t-elle. L’AG, en parlant des accusées en préambule : « Elles sont devenues le visage du djihad au féminin. »

Ines Madani et Ornella Gilligmann sont têtes baissées dans le box. On ne les voit plus. Sarah Hervouët et Samia Chalel regardent l’AG. Mohamed Aberouz est bien moins attentif, tête appuyée sur le rebord du box.

Après une demi-heure, l’AG a passé la parole à son collègue, Jean-Michel Bourles, procureur de la République adjoint au PNAT (Parquet national antiterroriste). Le représentant du ministère public parle « de faits inqualifiables, exceptionnellement graves », au sujet des agissements reprochés aux accusés. « A l’époque, Ines Madani n’a pas été identifiée comme une priorité. C’est regrettable mais c’était comme ça à l’époque ». Les femmes ne se trouvaient pas dans les radars et les services étaient sous l’eau, explique l’AG.

Au sujet d’Ines Madani, l’AG parle de « vilain petit canard de la famille », moins belle, moins grande, plus grosse que ses soeurs, victime de deux agressions sexuelles. L’AG déroule les prémices du passage à l’acte, le processus qui a amené Ines Madani et Ornella Gilligmann, à garer une voiture avec 6 bonbonnes de gaz, au petit matin du 4 septembre 2016 pas loin de N-D de Paris.

Le 2 septembre 2016, Ornella G. achète deux bonbonnes de gaz, rappelle l’AG. « A partir de cet événement, on ne me fera pas croire qu’elle ne sait pas ce qu’il va se passer par la suite… Elle sait très bien qu’un attentat va se commettre. » 

Le 3 septembre, poursuit l’AG, les deux jeunes femmes se filment en prêtant allégeance à l’EI. Elles envoient la vidéo à R. Kassim. « Cette vidéo, on ne l’a jamais vue, on n’y a pas eu accès… Je pense qu’Ornella G. n’a pas voulu donner le code d’accès de son téléphone pour que l’on ne puisse pas voir la vidéo. » L’accusée avait indiqué qu’elle ne se souvenait plus de son code face aux enquêteurs, souligne Jean-Michel Bourles.

L’AG évoque maintenant le moment où les deux accusées choisissent la rue de la Bûcherie à Paris, le 4 septembre 2016 vers 3h30, où la 607 Peugeot sera garée, feux de détresse activés. 

Les deux jeunes femmes rejoignent alors l’autre voiture, Nissan Qashqai, et attendent que la 607 s’embrase. Ce ne sera jamais le cas. Elles retournent le lendemain rue de la Bûcherie. Un cordon de sécurité entoure la Peugeot. Elles se séparent ce 4 septembre.

« Qui doit-on croire ? Quel est le rôle de chacune », s’interroge l’AG. On ne le sait pas, concède-t-il. Il est convaincu en tout cas qu’il existe des incohérences dans leurs propos. Il est persuadé qu’Ines M. connaissait mieux Rachid K. qu’elle a bien voulu le dire. Ornella G. était là pour « faire capoter l’attentat », dit l’AG en rappelant l’axe de la défense avancé par cette mère de trois enfants. Ce serait grâce à elle que la voiture n’a pas explosé car il a été utilisé du gasoil, très peu inflammable, par rapport à l’essence.

Concernant Ines M, et les faits du 8 septembre 2016 à Boussy Saint-Antoine (Essonne) lors de la tentative d’assassinat sur un policier avec un couteau à longue lame que la justice lui reproche,  l’Avocate générale dit à la Cour que a préméditation est caractérisée, que la tentative d’assassinat sur une personne dépositaire de l’autorité publique est, là aussi, caractérisée.

Le 8 septembre 2016, Ines Madani, Sarah Hervouët et Amel Sakaou (qui a toujours refusé de comparaître depuis le début du procès) étaient animées par la volonté de tuer, souligne l’Avocate générale.

LES REQUISITIONS

Le procureur au sujet d’Ines Madani: « Son âge au moment des faits (19 ans, ndlr) est la seule chose qui m’a poussé à ne pas demander la perpétuité. Comme tout être humain, elle doit évoluer. La société doit croire qu’elle peut évoluer, (l’accusée ne le regarde pas, ndlr), qu’elle peut y avoir sa place. Je demande 30 ans de réclusion, avec sûreté des 2/3, et l’inscription au Fichier judiciaire des auteurs d’infraction terroriste (Fijait). »

Pour Ornella Gilligmann, l’AG dit : « Elle avait une maturité, c’était une mère de famille, elle aurait dû être en mesure de réfléchir, l’amour n’excuse pas tout. Elle savait depuis longtemps. Elle avait tenté de rejoindre l’EI. » Il demande 25 ans d’emprisonnement, sûreté des 2/3 et inscription au Fijait.

Concernant les faits de Boussy-Saint-Antoine (8 septembre 2016), l’avocate générale: « Vous devez prendre en compte la gravité des faits. Le terrorisme est le crime le plus dangereux pour notre société… la menace est profonde, toujours puissante et présente. »

Pour Sarah Hervouët, sur qui pèse deux infractions pour lesquelles elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité, l’AG demande une peine de 20 ans de réclusion criminelle, assortie d’une sûreté des 2/3 et l’inscription au Fijait.

AG, au sujet de Sarah H. « Je pense qu’elle peut comprendre cette décision et que ça va l’aider dans sa réflexion, comprendre ce qui l’a poussé au djihadisme… Il est trop tôt pour envisager une peine autre que celle-ci. »

Pour Amel Sakaou, l’avocate générale demande une peine de 20 ans de réclusion criminelle, assortie d’une sûreté des 2/3 et l’inscription au Fijait. Si elle était venue s’expliquer devant les « lois de la République », précise l’AG, la peine aurait été moindre. L’accusée a toujours refusé de venir comparaître dans le box.

Contre Samia C., il est demandé une peine de 10 ans d’emprisonnement, assortie d’une sûreté des 2/3 et l’inscription au Fijait. Elle encourt 30 ans de réclusion, rappelle l’AG.

Contre Mohamed Aberouz, il est requis 5 ans d’emprisonnement et l’inscription au Fichier des auteurs d’infractions terroristes. AG : « Avec lui, tous les voyants sont au rouge, il ne reconnaît rien, il reste emmuré dans sa position radicale. »

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