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Histoires de stade et de tribunal

Justice

Toscan du Plantier : Un témoignage capital ?

Cour d'assises de Paris. Salle Victor Hugo. (D.R.)

En l’absence de l’accusé, Ian Bailey, et de son avocat, le procès du meurtre de Sophie Toscan du Plantier a débuté notamment avec l’audition de deux enquêteurs français. Parmi les nombreux éléments à charge, il existe le témoignage assez marquant d’un commerçant de Schull, dans le Comté de Cork en Irlande. D’autres faits qui pencheraient en défaveur de Ian Bailey ont été énumérés en cette première journée d’audience.

« M. Ian Bailey est-il présent ou représenté ? » Les premiers mots de la présidente, après ceux officialisant l’ouverture de l’audience, ne trouvent pas de réponse. Pas de coup de théâtre. Le principal suspect du meurtre de Sophie Toscan du Plantier n’était pas attendu ce lundi 27 mai pour le début de son procès. La Cour suprême irlandaise n’a jamais permis son extradition. Ce qui n’empêche pas la justice française de le juger, plus de 22 ans après le meurtre violent dont fut victime l’épouse du producteur français. Pour renforcer le caractère spécial de l’ambiance de cette audience, des 30 témoins cités, 22, la plupart Irlandais, ne sont pas là au moment de l’appel.

Et ils ne risquent pas de venir d’ici le verdict attendu ce vendredi. Les raisons ? « Ils n’ont pas donné de nouvelles » ou « adresse insuffisante ou inconnue », répond le greffier. La présidente de l’audience tenue à la cour d’assises de Paris, Frédérique Aline, indique également que l’avocat français de Ian Bailey , Dominique Tricaud, brille aussi par son absence, ayant prétexté par fax le 23 mai, quatre jours avant le début du procès, qu’il ne possédait pas de « mandat de représentation. » « Je ne peux qu’exprimer ma stupeur », intervient le procureur général. L’accusé, qui ne s’était pas présenté  à l’interrogatoire préalable le 2 mai, est donc absent « sans excuse valable », indique la présidente, « donc il est jugé par défaut. »

L’avocate représentant une partie de la famille de la victime, Maître Dose, fait remarquer certaines méthodes de trois de nos collègues irlandais. Ils communiqueraient avec Ian Bailey par SMS afin que ce dernier réagisse en direct au procès. La présidente prend note, l’avocat général n’a pas d’observation à formuler.

Dans l’après-midi de cette première journée, deux enquêteurs français ont été entendus, livrant le bilan de leurs investigations effectuées dans les années 2010. Sans trace génétique de l’accusé, qui a toujours nié, sur les lieux du crime, ou d’éléments matériels probants le reliant au meurtre, la police française s’est appuyée sur les témoignages. Le tout formant un faisceau d’indices suffisamment important pour croire à la culpabilité de Ian Bailey. « Tout nous ramène au même homme mais sans pouvoir l’établir », déclare le deuxième enquêteur appelé à la barre, aujourd’hui commandant de police. 

Le 23 décembre 1996, un commerçant de Schull (Comté de York), où se situait la maison de Sophie Toscan du Plantier offerte par son mari en 1993, voit dans son magasin Jules Thomas. La compagne de Ian Bailey lui dit que le journaliste pigiste travaille actuellement sur un meurtre. Un témoignage qualifié de très important par l’enquêteur. L’accusé avait déclaré à la police irlandaise avoir appris la découverte d’un corps, à quelques km de son domicile (une heure de marche par la route), le 23 décembre aux alentours de 14 heures. Le commandant de police insiste sur la crédibilité du commerçant. « Il est formel. » On sait aussi que la police est arrivée à 10h38 ce jour-là sur la scène de crime et que Ian Bailey en a proposé des clichés pris avant l’intervention des autorités à plusieurs personnes.

Marie Farrel est un autre témoin important dans ce dossier. Elle a reconnu Ian Bailey, cet homme, grand, vêtu d’un long manteau et d’un béret, titubant et se tenant le visage à 3 heures du matin ce 23 décembre, près d’un pont, pas très loin de la maison de la victime. Elle sera menacée et victime de pression par Ian Bailey. Ce dernier niera. Farrel va se rétracter au moment du classement de l’affaire par la justice irlandaise en décembre 2006 et refusera ensuite de témoigner devant les enquêteurs français.

Ian Bailey cède également à des confessions plus que troublantes à plusieurs reprises. Sous l’emprise manifeste de l’alcool, notamment le soir de la Saint-Sylvestre 1998, il dit à un témoin, à quatre ou cinq reprises, en le prenant dans les bras « Je l’ai fait. » Il livre les mêmes aveux à la rédactrice en chef du Sunday Times « Je l’ai fait. » Les marques sur son corps incitent aussi à soupçonner le natif de Manchester (Angleterre), aujourd’hui âgé de 62 ans.

Ian Bailey et sa compagne ont passé la soirée du 22 décembre 1996 dans un pub entre 21 heures et minuit. Des témoins ne remarquent pas d’égratignures sur les bras ou les mains de l’accusé, contrairement au lendemain et aux jours suivants quand d’autres personnes entendues par les enquêteurs, dont deux agents, voient ces marques. L’emploi du temps du couple, après avoir quitté le pub, est jugé lui aussi trop évasif par l’accusation. Les déclarations  évolutives signifieraient la volonté de dissimuler leurs faits et gestes durant cette fameuse nuit.

Ils seraient repartis en voiture avant de s’arrêter parce que Ian Bailey voulait admirer la pleine lune. De cet endroit, on voyait la maison éclairée d’un voisin de Sophie Toscan du Plantier. « J’ai eu un pressentiment », avait déclaré Jules Thomas.

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