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Justice

Merah: L’assaut raconté par l’ex-patron du RAID

La grande salle de la Cour d'assises de Paris où se tient le procès Merah. (Crédit: Alexandre Sarkissian).

Invité à la barre ce vendredi, au 5e jour du procès des tueries de Toulouse et Montauban, l’ancien patron du RAID est revenu en détails sur l’assaut mené contre Mohammed Merah.

Retrouvez l’intégralité du Live Tweet du 6 octobre 2017, durant lequel sont rapportés les moments importants de l’audition d’Amaury de Hauteclocque, 51 ans. En mars 2012, il dirige le RAID qui va donner l’assaut pour neutraliser Mohammed Merah. Après 32 heures de négociation.

 Alexandre Sarkissian @Alex_Sarkissian

#Merah Amaury de Hauteclocque, 51 ans, se présente maintenant à la barre. Il est l’ancien directeur du RAID qui est intervenu le 22 mars 2012 pour « neutraliser » Mohammed Merah.

Récit de l’interpellation de M. Merah, le 21 mars au matin (3 heures). « Après la mise en place d’un système hydraulique pour ouvrir la porte d’entrée… on commence à actionner le système, une main sort et tire sur nous, avec un calibre 45. »

Les tirs continuent, et j’ai déjà un blessé. Il est 3h15. Un autre s’en suit. 6 heures, je réquisitionne l’appartement voisin vide et installe un PC opérationnel. On communique avec Merah qui nous demande un téléphone portable. Il y a un négociateur. Pour montrer sa bonne foi, on lui demande de balancer une arme par la fenêtre.

Le 22 au matin, on sent qu’il a envie de justifier ses actes, de nous faire un testament politique et  religieux. Et là, il va nous raconter son parcours, ses séjours en Afghanistan… Les Talibans vont lui apporter une formation. Il préfère l’usage des armes de poing. On lui dit de retourner en France et de faire un maximum de victimes.

Après évacuation de l’immeuble et renforcement de mon équipe, on se retrouve en face à face avec Mohammed. « Je ne compte pas me rendre, nous dit-il finalement, je n’ai pas peur de la mort, je veux rejoindre le Paradis et les vierges.

« Je ne compte pas me rendre, nous dit-il finalement, je n’ai pas peur de la mort »

A 10h30, le 22, l’objectif est de pouvoir refaire face devant la porte d’entrée et tenter de le localiser. Du mobilier en masse tombe à l’ouverture de la porte, notre progression est très lente, ce n’est pas un assaut. Pas de réaction de Merah. Vers 11h15, une équipe perce le mur des WC. »

« Il était dans la salle de bain et tire sur l’équipe devant la porte. Il se dirige vers le balcon, repoussé par l’équipe de protection, avec toujours l’ordre de tirer au-dessus des parties du corps. Un 3e opérateur est blessé au cou dans la zone du balcon. A ce moment, il se dirige vers la fenêtre, commence à passer sa main au dessus de la fenêtre…

…et tire à l’aveuglette sur les opérateurs. Un 4e blessé. Voyant qu’il n’y avait pas d’autres solutions, on décide d’effectuer un tir létal et Merah bascule par la fenêtre. Il est 11h30. »

Amaury de Hauteclocque: « L’arrivée des étages débouchait sur la porte de Mohammed Merah. On a eu du mal à évacuer l’immeuble. » Un témoin de l’immeuble explique avoir entendu la police à de nombreuses reprises: « Rend-toi. Tu auras un jugement ». Merah: « Je ne me rendrai pas. Venez tous, je vous prendrai un par un .»

Partie civile: «Pourquoi pas des grenades paralysantes pour le neutraliser?
De Hauteclocque: «Cela n’existe pas. Personnellement, je ne sais pas ce que c’est.»

PC: « Existait-il des moyens de le capturer vivant ? » De Hauteclocque: «J’y ai réfléchi durant toutes les heures de l’intervention.»

PC: « On aurait pu le laisser se fatiguer un peu plus, non ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu quelques heures de plus pour le capturer ? »
De Hauteclocque: «Durant les 25 heures que l’on a passé avec lui, la seule chose qui m’intéressait, c’était de le ramener à la raison… Jusqu’au bout du bout, j’ai donné la chance à Mohammed.»

« Pouvez-vous arrêter de l’appeler Mohammed, c’est insupportable! »

Le 19 mars au matin, lorsque décolle du Bourget l’ex-patron du RAID, répète-t-il devant un avocat PC, 3 pistes existent sur l’identité du ou des auteurs des attentats: déséquilibré, extrême droite et recalé de l’armée.

« Pas celle de l’islamisme radical, donc ? », s’interroge encore un autre avocat de la PC. Avant une nouvelle poussée d’un collègue au sujet de… l’intuition géniale » d’un enquêteur (pensant alors à la piste menant à l’islamisme radical), reprenant les termes employés un peu plus tôt par De Hauteclocque.

« Durant les négociations, il (Merah) ne voulait pas répondre au sujet de faire porter la responsabilité sur des membres de sa famille. » En réponse à l’avocate générale: « Je n’ai jamais connu une intervention avec autant de blessés (4 au total, ndlr) »

En réponse à un avocat de la défense: « Merah nous a dit qu’il voulait mourir. S’il s’en était sorti, il disait vouloir aller crescendo, foncer avec une voiture dans un commissariat… Il avait un sentiment de toute puissance, protégé par Dieu, et furieux de ne pas savoir l’erreur qu’il avait faite pour qu’on remonte à lui. »

Avocat de la PC à un des avocats d’A. Merah: « Pouvez-vous arrêter de l’appeler Mohammed, c’est insupportable! » Le pdt: « SVP calmez-vous. Cela peut arriver, ça a pu m’arriver. Il n’y a pas de sous-entendu là-dedans. »

L’ex-patron du RAID, en réponse à l’avocat d’Ab. Merah: « Mohammed Merah n’a jamais évoqué de complicité, ou évoqué ou partagé ses projets. »

L’audience est suspendue par le président, précisant avant que le négociateur sera entendu prochainement sur le contenu de ses échanges avec M. Merah. Reprise lundi 9h30.

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